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10 ème Forum de la Démocratie Participative : Transmission de la Citoyenneté.

Synthèse de Pierre Cloarec, Directeur Général des services de la ville de Gruissan et, pour l’occasion, médiateur du 10ème Forum de la Démocratie Participative qui a eu lieu samedi 30 novembre au Palais des Congrès.

TRANSMISSION ET CITOYENNETÉ

C’est une évidence : transmettre est aussi naturel que respirer. Tout regard, tout geste, tout mot en direction des autres est TRANSMISSION.
Volontaire ou non, consciente ou non, la transmission est PERMANENTE.
Elle n’est donc ni une VALEUR, ni une OBLIGATION. Elle ne relève pas du devoir mais de l’acte posé en permanence. Si elle était un objet, elle pourrait être tuyau. Si elle était un élément du corps humain, elle serait veine.
Dès lors l’enjeu n’est pas la transmission pour elle-même, mais le repérage et, si possible, le choix réfléchi de ce que chacun nous transmettons dans les relations individuelles et en société.
L’objet, le but des échanges de ce dixième forum départemental de la démocratie participative est donc de répondre à l’interrogation suivante : comment développer la citoyenneté dans nos transmissions sur le bien qu’est notre patrimoine, en société et enfin en famille.
D’où les trois ateliers de ce dixième forum :
-  Transmission du patrimoine culturel
-  Transmission de la citoyenneté dans la société
-  Transmission de la citoyenneté dans la famille.
Sur fond de la valeur CITOYENNETE, chacun des ateliers s’est, en fait, mobilisé sur un des mots de son appellation.
Ainsi le premier atelier a beaucoup évoqué le patrimoine, sans s’en tenir au patrimoine culturel. Le deuxième a réfléchi sur la société. Le troisième s’est exprimé sur la famille.
Unanimement, les participants ont affirmé, comme une évidence, que le fait d’être (de devenir) ACTEUR CITOYEN relevait d’un choix. Certes il prend souvent sa source dans l’éducation reçue ou à partir de rencontres décisives. Mais un tel choix est avant tout une démarche personnelle.
Plus encore, l’ambition de transmettre aux autres le désir de citoyenneté exige l’engagement dans des collectifs (institutions, associations, groupes), en société.
Une autre « évidence » est apparue : nous ne transmettons que ce que nous avons assimilé, capitalisé en nous, au travers de notre histoire personnelle, familiale, de nos formations, de nos découvertes, de notre vie dans la société.
Dans les trois ateliers sont apparus : 1°) des constats du vécu d’aujourd’hui, 2°) des enjeux à bien définir, 3°) des chemins à ouvrir ou à poursuivre, des moyens à se donner.

Ci-après les éléments essentiels qui ont émergé des échanges fructueux dans chaque atelier.

ATELIER : TRANSMISSION DU PATRIMOINE CULTUREL
animé par Marion Thiba, chargée de mission culture et patrimoine au Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en Méditerranée & par Alain Baute, journaliste

CONSTATS
-  Notre patrimoine commun est matériel (paysages, constructions…) et immatériel (pensée, langue, culture…). L’un influe sur l’autre par l’intervention humaine.
-  Sur notre territoire nous pouvons repérer des zones humides (mer, étangs), des espaces et des éléments secs (terres, massif de la Clape, constructions…), un lido balnéaire.

ENJEUX DE TRANSMISSION
-  Pas de transmission possible si les personnes et la société (commune, région) ne ressentent pas leur enracinement, leur identité propre dans son histoire et ses particularismes. D’où la nécessité d’avoir la connaissance de son identité (premier enjeu).
-  Pas de transmission sans PASSEURS de territoire et de mémoire. D’où la nécessité de former et/ou de devenir TEMOINS transmettant comme on transmet un relais (deuxième enjeu).
-  Pas de transmission vivante si par enfermement dans les traditions nous idéalisons et figeons le passé en le statufiant. D’où la nécessité d’allier le RESPECT et la créativité (troisième enjeu).

CHEMINS À POURSUIVRE OU À OUVRIR
-  En premier lieu RECENSER L’EXISTANT dans son présent et son histoire. Se l’approprier par la connaissance. En garder mémoire écrite, visuelle, orale, pour en préserver la traçabilité.
-  Développer le travail sur l’ORAL. La connaissance vivante de la langue, du parler local paraît être un vecteur majeur de transmission patrimoniale dans sa richesse historique et humaine.
-  Plus que la diffusion d’information par tous les moyens dont nous disposons, il s’agit de mener UNE PEDAGOGIE transmissive à destination de tous les citoyens.
-  Enfin, pas de transmission patrimoniale sans vie inter - générationnelle. Nécessité donc de favoriser les moments de rencontre entre génération y compris dans la fête !
Constats, enjeux, chemins et moyens contiennent, en filigrane, notre conscience de la FRAGILITE de la transmission patrimoniale et de l’impérieux devoir de RESPECT de notre patrimoine, qu’il soit matériel ou immatériel.

ATELIER : TRANSMISSION DE LA CITOYENNETÉ DANS LA SOCIÉTÉ
animé par Héléne Filhol, Présidente de l’association du "CEC" (Cercle d’études citoyennes) & Jean-Paul Chaluleau, journaliste, chef d’édition adjoint à l’Indépendant Narbonne

CONSTATS
Sous le repérage global d’une tendance lourde à la désaffection pour l’engagement en société, les éléments suivants ont été mis en exergue :
-  Recul du bénévolat,
-  Reflux de la participation électorale,
-  Adhésion associative plus fortement motivée par la quête individuelle de bien être, de loisirs ; moins fondée sur l’ambition collective et sa réussite.
-  Recul des relations de voisinage et accroissement de l’isolement chez soi
Demeure une réelle capacité de mobilisation citoyenne spontanée pour des actes de solidarité ponctuels ou de revendication portant sur un aspect, un élément de rejet ou de désaccord, sans globalisation.
Tout laisserait à penser que se renforcerait dans chaque citoyen le moteur « consommation » au détriment du moteur « action » et surtout « action collective ». Evolution négativement traduite en croissance de l’individualisme.
Sans doute ces évolutions constatées sont pour une part lié à la diminution de la réflexion collective dans les organisations qui, historiquement, étaient des lieux de débats et de production d’idées : mouvements de jeunesse, syndicats et partis politiques. Soit que ces organisations aient quasi disparues (mouvements de jeunesse), soit qu’elles aient évolué dans leur fonctionnement (partis politiques). Elles connaissent toutes un reflux de la « militance ».

ENJEUX
-  Risque réel d’ECLATEMENT de la société en individus isolés, en corporations ou groupes d’intérêts particuliers, en communautés qui provoquent le recul de la reconnaissance, de l’acceptation de l’utilité majeure de privilégier l’intérêt général.
-  En réponse à cette FRAGILITE vécue au premier chef dans les éclatements de famille, il devient urgemment nécessaire de renouer avec le désir d’être ACTEURS en société.

CHEMINS A POURSUIVRE ET A OUVRIR
-  Le premier, nettement affiché, est celui de l’EXEMPLARITE : aucune chance d’entraîner l’adhésion, la participation active qui nécessite la CONFIANCE, sans l’exemplarité des responsables. Ce chemin, perçu comme majeur par les participants, concerne aussi bien la famille, que les associations, les politiques, les organisations quelles qu’elles soient. L’irrégularité, la triche, les privilèges, les mensonges, les conflits d’ambitions sont des ferments du recul citoyen. L’exemplarité traduit le RESPECT du citoyen pouvant entraîner son adhésion.
-  Le deuxième est l’absolue nécessité de former à l’esprit critique, à la capacité d’analyse personnelle et collective pour permettre à tout citoyen de pouvoir VOIR, PENSER et AGIR en citoyen libre et solidaire.
-  La troisième voie, positivement expérimentée à GRUISSAN, est la gouvernance participative ici baptisée « démocratie participative ». Elle permet à chaque citoyen, à chaque organisation d’exercer pleinement un POUVOIR D’INFLUENCE (expression libre des besoins et des propositions) en respectant le POUVOIR DE GOUVERNANCE (décision et mise en œuvre) par ceux qui ont été désigné(e)s ou élu(e)s pour gouverner.
Dans cet atelier AUSSI, constats, enjeux et chemins à poursuivre ou à ouvrir, révélaient la FRAGILITE de notre situation. L’atelier y a ajouté les risques d’éclatement sociétal prospérant sur la croissance de l’attitude consommatrice et la dégénérescence de l’envie d’être acteur. Les chemins proposés visent tous les trois à donner l’envie de l’ENGAGEMENT qui rend citoyen.

ATELIER : TRANSMISSION DE LA CITOYENNETE DANS LA FAMILLE
animé par Adam Andrade, médecin psychiatre, directeur médicale au CMPP de Narbonne.

La présentation du travail de cet atelier en troisième position n’est pas le fruit du hasard. C’est la déclinaison logique entre l’horizon le plus large (le territoire) et la sphère la plus proche (la famille) en passant par l’espace social que nous fréquentons au quotidien.

CONSTATS
La donnée majeure repérée par les participants est la DISTANCIATION RAPIDE ET FORTE de l’enfant par rapport à sa famille (définie comme composée de deux parents et des enfants).
Cette distanciation paraît liée aux éléments suivants :
-  Eclatement de la « famille » par séparation entre les parents et recomposition entre adultes et enfants nés de plusieurs parents
-  Socialisation rapide es enfants dont au moins l’un des parents travaille : garde chez « nounou », crèche, garde chez des aïeux…
-  Très grandes sollicitations extérieures (télévision, téléphonie, réseaux sociaux…).
Cette distanciation permet d’être à la fois présent physiquement et ailleurs en pensée et/ou en relation.
Ce même phénomène peut se vérifier au niveau du territoire : être physiquement à GRUISSAN, « zapper le territoire » pour être branché ailleurs !

ENJEUX
-  La distanciation se renforçant, comment être enraciné pour être acteur local dans la société où l’on vit son quotidien ?
-  La famille, affirmée comme la MATRICE (instance majeure de transmission, de rassemblement et de refuge) doit-elle, peut-elle demeurer MATRICE pour répondre à l’enjeu majeur qu’est le développement du lien social qui permet de « faire société » ?
Délicat de se positionner sur ces enjeux qui touchent au plus profond de ce que nous sommes et qui pourtant modèle une société citoyenne ou éclatée. La famille en effet ENRACINE, peut rassembler et PROPULSE vers l’extérieur en « boostant » les enfants dans leur vie.

CHEMINS A PARCOURIR OU A OUVRIR
Deux pistes principales ont été évoquées :
-  Le RESPECT de chacun. Non pas en termes de politesse, mais plus profondément dans la reconnaissance respectueuse de l’autre. Celle qui permet à chacun de ne pas renoncer à soi-même, mais sûrement à une image trop sommaire de soi pour MIEUX ETRE SOI.
-  La CLARTE des règles qui permet : 1°) de connaître le possible et l’interdit, 2°) d’accepter les sanctions en cas de non- respect ou de détournement 3°) de contribuer, de manière citoyenne, à l’évolution de la règle.
-  L’EXEMPLARITE, (encore elle !) des éducateurs qu’ils soient parents ou autres acteurs de l’éducation.
Dans cet atelier, constats, enjeux et chemins à parcourir plus qu’à ouvrir, ont souligné AUSSI, comme les deux autres ateliers la FRAGILITE AMBIANTE et, dans un paradoxe apparent, les richesses qu’elle peut contenir. Les participants ont proposé deux balises simples entre lesquelles naviguer : Le RESPECT qui permet à l’autre de devenir ce qu’il est, l’importance de la règle qui peut évoluer par l’action citoyenne mais qui bien qu’imparfaite mérite toujours d’exister et doit être respectée.

À RETENIR

Chaque participant a pu mesurer le fait que nous faisons société quand nous ne sommes plus deux comme le sont la mère et son enfant, mais quand nous sommes au moins trois.
Chaque participant a pu comprendre qu’il y a deux manières majeures de faire société. Soit on est deux CONTRE les autres et ce ne sont qu’exclusions, jalousies, enfermement sur soi et ses précarrés. Soit on est deux AVEC les autres et c’est la citoyenneté.
Nul ne peut en douter : ce forum fut riche d’échanges et d’enseignements.
Chacun, chaque responsable d’organisation, chaque collectif peut y puiser des orientations de réflexion, de comportement et d’action.
Si nous savons mesurer précisément les FRAGILITES recensées par tous les participants, si nous nous enracinons dans le RESPECT mis en exergue par tous comme outil majeur de nos pratiques personnelles et sociales, si nous veillons à notre EXEMPLARITE familiale, associative, politique, alors, mais alors seulement nous pourrons entraîner l’adhésion et la participation citoyenne.

Alors la citoyenneté, que nous pressentons en recul, a un bel avenir devant elle.
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