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Fouilles archéologiques Conilhac

Bilan scientifique 2014

Par la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon Service Régional de l’Archéologie

Gruissan - Roc de Conilhac

En limite des communes de Narbonne et de Gruissan, le Roc de Conilhac est une petite éminence rocheuse de 20 mètres de hauteur localisée dans le complexe lagunaire narbonnais, où il domine les étangs de Bages-Sigean et de Campignol. Le site est connu depuis la fin des années 1940, période à laquelle M. Guy, alors à la recherche de l’un des ports antique de Narbonne, avait réalisé des sondages sur un plateau localisé au sud de l’éminence (Guy 1950). Ces travaux avaient permis de mettre au jour un riche mobilier documentant le début du Bronze final 2b et le tout début du Bronze final 3a, conférant à ce site le statut de contexte de référence pour ces périodes en Languedoc occidental. Néanmoins, suite à ces premiers travaux prometteurs, les niveaux archéologiques ont subi d’importantes destructions dans les années 1960. Ces terrains riches en matière organique furent en effet utilisés comme engrais pour fertiliser les terres marécageuses cultivées à proximité. Dans le cadre du Programme collectif de recherche Naro : Protohistoire du Narbonnais et du projet du Labex ARCHIMEDE du même nom dirigés par E.

Gailledrat, une nouvelle opération de sondage sur le site du Roc de Conilhac fur réalisée au printemps 2014. L’objectif était d’évaluer la préservation du site et son potentiel pour de nouveaux travaux, ainsi que de collecter de nouvelles données permettant de reconstextualiser les collections anciennes. Pour cela, trois sondages diagnostics ont été réalisés dans la partie sud-ouest du site qui semblait avoir échappé aux destructions. En complément, deux forages ont également été réalisés dans la lagune, au pied du site, afin de récolter des informations sur le cadre paléogéographique et paléoenvironnemental des occupations protohistoriques (fig.1). Ces carottes sont encore en cours d’étude par J.-P. Degeai (ingénieur de recherche, UMR5140-ASM).

La séquence la plus complète (forage 2) comporte des argiles lagunaires jusqu’à 3 m de profondeur, lesquelles sont précédées par des sables coquillers comportant des espèces laguno-marines, et au fond de la séquence, vers 5.2m des espèces plus franchement marines.
Le premier sondage s’est révélé totalement négatif et nous a permis de contrôler l’érosion totale des niveaux archéologiques sur sa pente sud. La présence de mobilier de l’Age de Bronze en position secondaire indique néanmoins que des occupations de cette période ont intéressé les zones localisées en amont, peut-être dans la partie sommitale de l’éminence.

Le deuxième sondage a été implanté sur le piémont ouest du Roc de Conilhac, non loin de la lagune, sur une zone où le remplissage sédimentaire semblait plus important et qui présentait des similitudes d’implantation avec le secteur où avait été découvert le mobilier archéologique par le passé. La stratigraphie est ici constituée en majeure partie de colluvions, nous avons néanmoins mis en évidence, sur un niveau de cailloutis de formation ancienne, la présence d’un épandage de faune et d’ichtyofaune associé à quelques tessons protohistoriques et à un fond de trou de poteau, signalant l’existence d’un niveau archéologique en grande partie érodé.

Le troisième sondage a été réalisé à l’extrémité sud-est du Roc de Conilhac, sur un replat limité au sud par un abrupt, à une dizaine de mètres au-dessus de la lagune. Dans un premier temps, la zone de fouille a été limitée à 4m², à l’instar des autres sondages, mais compte tenu de la découverte de mobilier e de structures mieux préservés que dans ces autres secteurs, elle a par la suite été élargie à 16m². Les vestiges se caractérisent en premier lieu par un épandage de mobilier découvert à la base de la stratigraphie, sur un niveau de cailloutis similaire à celui observé dans le sondage 2. Il correspond à une jarre écrasée en place (fig.2n°1), attribuable à une phase ancienne du Bronze moyen (1600-1450 av. J.-C.), associée à des outils de mouture. Dans ce même niveau de pierre avait été creusée une série de quatre fosses dont une à livré de la céramique du Bronze final 2b (1150-1000 av. J.-C.) (fig.2 n°2-4).

Le bilan de ces sondages est donc assez négatif, la partie du site ayant échappé aux destructions n’a pas bénéficié de conditions de conservation favorables : les niveaux archéologiques se sont en grande partie érodés, seuls subsistent les remplissages des structures fossoyées. Les observations réalisées sur le terrain imposent les mêmes conclusions quant à la partie sommitale du gisement. Cette opération a tout de même permis de documenter une extension des occupations de l’Age de Bronze vers l’ouest et probablement vers le sommet du site. La présence de structures excavées et de mobilier de mouture témoigne de l’existence d’habitats relativement pérennes.
La faune récoltée, bien que quantitativement faible, indique une économie vivrière en partie tournée vers le biotope lagunaire, qui devait alors être plus ouvert sur la mer qu’actuellement d’après les taxons d’ichtyofaune et de concchyloifaune identifiés.

La pêche a concerné des espèces marines remontant dans la lagune, avec la présence de sparidés, de mugilidés et de pleuronectiforme (de type daurade, muge et turbot). La récolte de coquillage est également attestée par la présence de la coque (Cerastoderma sp.), de la moule (Mytilus sp.), du cérithe (Cérithium vulgatum) et du peigne glabre (Proteopecten glaber). La faune terrestre est pour sa part documentée par les représentants de la triade domestique (bovidés, caprinés et suidés), indiquant une économie mixte dans laquelle l’exploitation de la lagune est intégrée, mais non exclusive, comme c’est souvent le cas sur les sites littoraux de l’âge du Bronze du golfe du Lion. Par bien des aspects, le Roc de Conilhac s’intègre parfaitement dans ce type d’occupation, bien documenté autour de l’étang de l’Or (Dedet et Py 1985) et de Thau (Leroy 2010). Il s’agit de l’un des rares habitats de ce type connu dans la lagune de Narbonne et de l’un de ceux ayant livré la plus longue séquence d’occupation, mais on ne peut actuellement plus que déplorer sa destruction.

Thibault LACHENAL CNRS, ASM, UMR 5140, Montpellier-Lattes
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