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Fouilles archéologiques de l’Île Saint Martin

Bilan scientifique 2013 de la DRAC Languedoc-Roussillon

La troisième campagne de fouille programmée sur l’établissement littoral de Saint- Martin-le-Bas à Gruissan, conduite dans le cadre du PCR « Les ports antiques de Narbonne » coordonné par C. Sanchez (CNRS, UMR5140-ASM), s’est déroulée du 3 au 22 juin 2013.

L’objectif était de poursuivre l’étude de cet important complexe architectural antique, s’étendant sur plus de 2000m2, caractérisé notamment par la présence en position centrale d’une vaste cour à portique associée à un bâtiment en grand appareil. Afin de compléter le plan de cet établissement, il était indispensable en premier lieu de mener à bien la fouille du très large fossé, observé en 2012, qui occupait toute l’extrémité orientale de la parcelle. Initialement attribué à l’époque moderne, cet aménagement de grande ampleur (largeur comprise entre 2 et 10 m dans l’emprise de la fouille et profondeur atteignant près de 2m) est en réalité sub contemporain. Sa fonction demeure toutefois indéterminée. De plus, de nouveaux décapages manuels dans les zones 1 et 4 ont fait apparaitre quelques fosses-dépotoirs tardo-antiques, non repérées jusqu’à présent, dont la fouille a livré des lots de mobilier (céramiques, outillage, faune, coquillages, etc…) complétant les riches données matérielles sur cette période collectées au cours des deux premières campagnes.

On signalera en outre la mise au jour au sud de l’établissement antique d’un fond de cabane de petites dimensions, daté des VIIe-VIIIe s. Il s’agit d’une découverte intéressante, car ce type de structure reste encore rarement attesté dans notre région. La connaissance du complexe du haut Empire a progressé sur plusieurs points. Dans la partie orientale du site tout d’abord, on dispose désormais du plan complet des vestiges bâtis lui appartenant. En effet, la fouille du grand fossé sub contemporain a permis d’observer plusieurs murs, très profondément fondés, qui complètent le plan de cette zone. De plus, nous avons pu vérifier que nous sommes en présence, au niveau de la limite parcellaire actuelle, d’une façade du complexe architectural. Une lacune dans ce mur permet d’en localiser l’une des entrées.

Au nord en revanche, aucun mur de façade n’a pu être mis en évidence. Les observations réalisées en zone 1 ont montré qu’au moins l’un des murs se poursuit au-delà de la limite actuelle de la parcelle, ce qui laisse penser que l’établissement se développe vers le nord, sans doute avec un système de terrasses. En zone 2, l’étude du balnéaire oriental s’est achevée cette année, avec la fouille du niveau de démolition du caldarium, riche en enduits peints. Les éléments chronologiques recueillis sont malheureusement très peu nombreux, mais il semblerait que ces thermes soient abandonnés dès la fin du haut Empire. Le bâtiment en grand appareil a bénéficié cette année encore d’une attention particulière.

L’étude, coordonnée par J.C. Roux, des vestiges d’architecture en terre conservés à l’intérieur de cet édifice s’est poursuivie. L’achèvement de la fouille des niveaux de destruction a permis de mettre au jour les sols en terre de chacune des quatre pièces. Le mobilier associé à un foyer permet désormais de dater le fonctionnement de ces sols des IIe –IIIe s. Par ailleurs, il a été possible de démontré l’utilisation du torchis pour la construction des cloisons. De plus, la fouille partielle du remblai d’installation de ces sols a montré l’existence d’un état antérieur, qui devra être intégralement mis au jour en 2014.

Dans le même temps, l’étude approfondie des architectures en grand appareil a été engagée par V. Matthieu. Elle permettra de proposer une restitution de l’élévation de ce bâtiment. L’acquis majeur de cette campagne est la démonstration de l’utilisation concomitante, au sein de cet édifice, des architectures en terre et du grand appareil, l’ensemble pouvant être daté avec certitude du haut Empire.

La fouille du vaste espace situé au sud-est du balnéaire occidental n’a concerné cette année que les niveaux superficiels. Elle a toutefois permis de confirmer l’hypothèse d’une cour réservée au travail de la main d’œuvre chargée du fonctionnement du praefurnium des termes ouest. L’omniprésence de niveaux cendreux comportant de nombreux déchets et la présente au nord-ouest de l’espace d’un dépotoir de céramiques reposant sur les niveaux de circulation ne laissent en effet guère de doute sur la fonction de cet espace. De plus, les nombreuses scories de fer mises au jour semblent témoigner de l’existence d’une forge (étude en cours G. Pagès), même si les vestiges n’en ont pas encore été reconnus.

On notera cependant la découverte en place de plusieurs amphores Dr. 20 décolletées et réutilisées comme vases de stockage. On signalera également la mise au jour d’un nombre significatif d’objets en fer, vraisemblablement destinés à être recyclés. L’ensemble de ces niveaux est daté du haut Empire. Bien que la fouille de cette zone ne soit pas achevée, on peut dès à présent retenir que l’hypothèse de l’existence d’une palestre en lien avec les thermes Ouest doit désormais être abandonnée, au profit d’une utilisation liée au fonctionnement des thermes et à des activités artisanales.

En 2014, l’exploration des niveaux du haut Empire se poursuivra dans les quatre zones de fouille, parallèlement à l’étude des architectures associées et à la préparation d’une publication monographique portant sur l’occupation tardo-antique du site. Une intervention plus ponctuelle est également programmée sur les deux grandes citernes situées à une centaine de mètres au sud du site, qui n’ont jamais bénéficié d’une véritable fouille, et dont la présence pourrait constituer un élément déterminant pour la compréhension de la nature et des fonctions de cet établissement littoral.

Guillaume DUPERRON pour l’équipe CNRS, ASM, UMR 5140, Montpellier.
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