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Fouilles archéologiques Saint-Martin-le-Bas

Bilan scientifique 2014

Par la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon Service Régional de l’Archéologie

Gruissan - Roc de Conilhac

La quatrième campagne de fouille programmée sur l’établissement littoral de Saint-Martin-le Bas, conduite dans le cadre du PCR « Les ports antiques de Narbonne » coordonné par C.Sanchez (CNRS, UMR5140-ASM), s’est déroulée du 2 au 27 juin 2014. Les recherches ont principalement concerné la parcelle WE45 (fig.1), en cours de fouille depuis 2011, mais nous avons également conduit une exploration préliminaire de la parcelle WE42, où la présence de vestiges antiques était anciennement connue.

En zone 1, les travaux ont porté sur l’espace 108, situé à l’extérieur du complexe, où ont été rejetés, durant la fin du 1er s. et le IIe s. ap. J.-C., des gravats associés à d’abondant déchets domestiques. A la faveur d’un effet de terrasse, cet espace recelait une stratigraphie antique conservée sur plus d’un mètre d’épaisseur, qui a offert, pour la première fois sur cet établissement, la possibilité de caractériser le faciès matériel de cette période. De plus, quelques vestiges appartenant à l’Antiquité tardive – un foyer construit et une fosse-dépotoir- ont également été reconnus, mais cette occupation était extrêmement perturbée par la construction à l’époque moderne d’un bâtiment profondément fondé.

En zone 2, l’étude des aménagements intérieurs de l’édifice en grand appareil (ESP201) s’est poursuivie.
La campagne a révélé l’existence d’une occupation antérieure aux pièces équipées de cloisons en torchis étudiées l’année précédente. Ce premier état se caractérise par la présence de cinq pièces séparées par des cloisons mixtes composées d’un soubassement en pierre surmonté d’une élévation en brique crue. La fouille, qui a seulement concerné la partie méridionale du bâtiment, a montré que ces pièces sont utilisées durant le 1er s. ap. J.-C.

A l’époque flavienne ou peu après, elles sont arasées puis recouvertes par un épais remblai, constitué principalement de gravats issus de la démolition des thermes voisins, sur lequel s’installe le second état, qui restera en fonction pendant tout le IIe s. Dans l’espace 207, situé au sud de l’édifice en grand appareil, à l’extérieur du complexe, l’analyse de la stratigraphie du haut Empire a été menée grâce à un sondage, qui a montré la présence d’une accumulation de niveaux de remblais mis en place principalement à l’époque flavienne, sans doute afin d’assainir cette zone basse. D’autres parts, l’étude de la salle excavée ESP101 s’est poursuivie, principalement par l’achèvement du vidage du sondage des années 1980. Le nettoyage des coupes stratigraphiques a toutefois permis de réaliser des observations sur l’évolution de cette zone entre le 1er s. av J.-C. et son abandon à la fin de l’Antiquité. De plus, l’extension de ce sondage ancien vers le sud a permis de démontrer l’utilisation de l’adobe dans les élévations du complexe du haut Empire.

En zone 3, les recherches se sont concentrées dans la grande cour centrale COU301. L’étude de la stratigraphie du haut Empire a été conduite de manière extensive, sur plusieurs centaines de m2. Elle a mis en évidence la présence de niveaux de chantier (fig.2), liés à la construction du complexe, constitués notamment par de nombreux éclats de taille de calcaire. Puis, sur ces niveaux, l’installation d’un épais remblai marque la fin des travaux et la mise en place des sols d’occupation, malheureusement non conservés. Celui-ci a livré un riche ensemble céramique datant du règne de Tibère, qui complète utilement nos connaissances sur le faciès matériel régional de cette période. Seules deux interventions ponctuelles ont été conduites dans la zone 4, près de la limite nord de la parcelle, où la présence de vestiges avait été anciennement observée en bordure de l’actuel chemin. Deux sondages réalisés dans le pierrier moderne bordant la fouille ont permis de mettre au jour les structures qui nous avaient été signalées. Au nord-ouest, un sol en mortier de chaux bien conservé a été observé de manière succincte. Il se situe une altimétrie très élevée par rapport au reste des vestiges, ce qui confirme l’organisation en terrasses du complexe. Plus à l’est, une citerne équipée d’un sol en opus spicatum était partiellement conservée sous le pierrier moderne (fig. 3.). Ces nouvelles découvertes apportent des éléments déterminants pour la compréhension de l’organisation du complexe et confirment que le bâti se développe largement au nord au-delà de la parcelle en cours de fouille. La datation exacte de ces structures demande en revanche à être précisée.

La campagne 2014 a enfin été marquée par l’extension de la fouille dans la parcelle WE42 (désormais zone 5), où des vestiges antiques étaient anciennement connus et en partie visibles. Cette exploration préliminaire a consisté en un nettoyage et un relevé des structures apparentes, puis à la réalisation d’un sondage dans chacune des deux citernes, qui a permis d’en étudier le mode de construction ainsi que le comblement. Le bassin occidental BS5002 présente un état de conservation remarquable, avec des élévations conservées sur plusieurs mètres (fig.4.). L’étude architecturale conduite par V. Mathieu et J.-B. Pineau a notamment démontré l’existence de deux états de construction, qu’aucun élément ne permet actuellement de dater. Le comblement de cette citerne était principalement composé de niveaux de démolition, mais l’on constate l’absence de tout fragment de voûte, qui témoigne vraisemblablement d’une récupération systématique des parties supérieures des élévations. Sa chronologie demeure incertaine, en raison de l’extrême indigence du mobilier recueilli. Par ailleurs, immédiatement au nord de cette citerne, une canalisation en tuiles a été mise au jour, sur deux courts tronçons. Sa fonction précise (alimentation ou évacuation ?) demande à être précisée par un dégagement plus étendu.

L’état de conservation de la citerne méridionale BS5051 est en revanche bien plus médiocre, puisque seul son mur nord est conservé en élévation. Toutefois, les diverses observations réalisées cette année semblent démontrer que les dimensions, le mode de construction et l’altimétrie du sol de ce bassin sont identiques à celles de BS5002, ce qui implique vraisemblablement la contemporanéité de deux structures. Sur la partie sommitale de la parcelle, plusieurs structures maçonnées, dont les orientations sont identiques à celles des citernes, ont été mises au jour. L’un de ces murs présente des dimensions très imposantes (1.60m de largeur moyenne), ce qui témoigne certainement de l’existence d’une élévation importante. En raison de cette caractéristique et de sa localisation sur ce point haut, on peut suggérer avec prudence que le bâtiment auquel ce mur appartient correspondait peut être à un dispositif de signalisation pour les navires. Notons par ailleurs que deux états de construction sont là aussi visibles, mais aucun élément de datation absolue n’a été recueilli.

Enfin, un sondage réalisé au nord du mur en élévation de la citerne BS5051 a montré que celui- ci servait également de mur de terrasse, supportant un remblai de plus d’un mètre d’épaisseur constitué presque exclusivement de gros blocs de calcaire. L’ampleur de ces travaux témoigne de la volonté de créer une terrasse artificielles extrêmement stable, sans doute afin d’implanter un ou plusieurs édifices particulièrement massif(s). il convient enfin de souligner la découverte d’au moins trois sépultures, observées partiellement, qui laisse présager la présence d’une zone funéraire, dont l’ampleur et la chronologie restent indéterminées. Cependant, le mode d’inhumation et la présence d’une offrande suggèrent de la rattacher à l’importante occupation tardo-antique (Ve-VIIe s.) attestée sur la parcelle voisine WE-45.

Guillaume DUPERRON, pour l’équipe.
CNRS, ASM, UMR 5140, Montpellier-Lattes

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