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Gruissan Ile Saint Martin / Saint Martin Le Bas

Bilan scientifique 2012

DRAC Languedoc-Roussillon

Service régional de l’Archéologie

La fouille programmée de Saint-Martin, intégrée au PCR « Les ports antiques de Narbonne (dir. C. Sanchez) s’est poursuivie, en 2012 et avait notamment pour objectif l’achèvement des recherches sur les niveaux tardo-antiques de l’établissement et le dégagement exhaustif des vestiges bâtis.

L’établissement du Haut-Empire

La connaissance de plusieurs secteurs de l’établissement du Haut-Empire a progressé de manière considérable cette année.

La partie orientale de l’établissement

Bien que notre intervention n’ait concernée qu’une surface limitée dans cette zone, les découvertes qui y ont été réalisées sont d’une grande importance.

Le plan de la vaste salle excavée ESP101, a été finalisé grâce à la fouille d’une partie de la tranchée moderne et de la spoliation de son mur du sud. Celle-ci se développe sur 12,80 X 7,20m, soit 91m2, ce qui en fait la plus vaste pièce connue de l’établissement. Rappelons en outre que les observations réalisées en 2011 avaient montré la présence d’un niveau de sol attestant l’existence d’un niveau souterrain. D’autre part, un sondage avait permis de constater que le mur oriental de la pièce était très profondément fondé, ce qui indique vraisemblablement l’existence d’un ou plusieurs étages. Se trouve ainsi confirmée l’hypothèse proposée en 2011 de la présence d’un cryptoportique, installée à l’angle sud-oriental du complexe augustéen, permettant probablement de rattraper les niveaux de circulation de la galerie en U et de disposer aussi d’un vaste espace de stockage. La question qui reste à présent posée est celle d’un dispositif similaire pouvant occuper l’aile orientale de la galerie en U (ESP304). En revanche, la fouille de l’épaisse stratigraphie conservée dans la partie de la pièce non touchée par les travaux du GRASG n’ayant pas encore été réalisée, il n’est pas possible de préciser la date à laquelle celle-ci est comblée. La poursuite de la fouille de ESP110, dans la continuité de l’espace 104/105 fouillé en 2011, ainsi que l’extension du décapage jusqu’à la limite orientale de la parcelle suite à l’évacuation des tas de déblais, a montré l’existence d’une pièce, dont la limite orientale a été atteinte. L’espace ESP110 était très perturbé par des creusements tardo-antiques et surtout modernes. Cependant, grâce aux très profondes fondations des architectures de l’établissement augustéen, son plan général a pu être levé.
Cette construction de 8 X 6.50m est installée en saillie sur le long côté est de la branche orientale de la galerie U : l’importance de ses fondations montre qu’elle disposait probablement d’un étage ou plusieurs étages accessibles depuis l’ESP104 (cage d’escalier ?). Sans doute s’agit-il aussi d’un élément permettant depuis les espaces qui l’encadrent au nord ‘ESP108), au sud (ESP106) et à l’est, de pénétrer dans la partie centrale de l’établissement et en particulier dans la galerie en U. Ce décapage a également permis de confirmer l’existence au nord de cette construction d’une cour, où se trouve un foyer bâti en tuiles. Les différentes observations réalisées cette année montrent l’existence de deux espaces qui pourrait comporter une succession de petites pièces alignées sur celles bordant la cour 108. Leur exploration devra être conduite en 2013 afin de compléter le plan du complexe du Haut-Empire. Aucun départ de mur n’est visible en direction de l’Est, ce qui laisse penser que nous sommes ici en présence de l’une des façades du complexe augustéen, bordée de petites pièces dont il faudra s’assurer qu’elles ne sont pas distribuées par une galerie.

Les thermes Est

Les travaux conduits dans les thermes Est ont uniquement porté cette année sur la fouille des fosses tardo-antiques. Toutefois, de nouvelles observations réalisées sur les architectures du Haut Empire indiquent incontestablement que le praefurnium se situait sur la façade méridionale de ce balnéaire, à l’emplacement de la grande fosse tardo-antique FS2051, qui résulte certainement de la spoliation complète de cette structure. Plus largement, l’étude de l’espace 207 a confirmée l’absence complète de vestiges bâtis du Haut-Empire. Il s’achève donc bien que cette zone se situe à l’extérieur du complexe construit à l’époque augustéenne. Concernant les thermes est, nous sommes en présence d’un balnéaire modeste, au plan très ramassé et qui était destiné à une fréquentation d’ampleur limitée. Ce dispositif complète de toute façon celui édifié à l’époque augustéenne à la limite occidentale de la zone bâtie. La question qui reste posée est celle de sa chronologie d’installation.

Les thermes Ouest

L’intervention de 2012 a permis de fouiller exhaustivement deux salles chauffées, ainsi qu’une zone rubéfiée dont l’interprétation précise reste à faire (prarfurnium ou bien four de boulangerie ?). Les deux pièces sur hypocauste ont été installées dans le substrat rocheux, ce qui a permis une relative préservation des vestiges. Outre les architectures, relativement bien conservées, une stratigraphie importante a pu être étudiée. Celle-ci était constituée par les niveaux de destruction et d’abandon du balnéaire, ce qui permettra de restituer en partie l’architecture des élévations. D’autre part, le mobilier recueilli dans ces niveaux permet d’envisager son fonctionnement jusqu’à la fin de l’Antiquité (Ve s.). L’un des points les plus remarquables est la chronologie de la construction de ces thermes, qui appartiennent à la phase initiale de construction du complexe augustéen. De fait, la réflexion sur les axes de circulation au sein de l’établissement laisse penser à un accès direct depuis le portique, par un petit vestibule (ESP403). Il convient d’autre part de souligner l’originalité constituée par la présence d’une pièce chauffée circulaire disposant d’une exèdre rectangulaire sur sa face méridionale. Nous avons proposé de l’identifier comme un laconicum car aucun plan de caldarium circulaire n’est attesté dans les établissements privés ou publics fouillés mais cette indentification est incertaine du fait de la présence de cet exèdre (emplacement de solium ?), inconnue dans les pièces de ce type connues en Italie ou dans les Gaulles aux 1erS. av. et 1erS. ap. J.C. La chronologie haute de ce bâtiment et cette particularité architecturale suggèrent de rechercher des comparaisons et une interprétation en Italie, à partir du corpus de thermes de la fin de l’époque tardo-républicaine et du début du Haut-Empire. Au nord du tepidarium 412 pourraient se trouver l’apodyterium 415, accessible depuis le vestibule 403 et une pièce de même plan pouvant être logiquement interprétée comme le frigidarium (ESP420) mais ce secteur devra être exhaustivement dégagé en 2013 pour que l’on puisse valider ou pas cette proposition. En dehors de la particularité architecturale liée au plan circulaire de l’une des pièces chaudes, la caractéristique majeure de ce balnéaire est sa relative modestie : il s’agit de thermes à itinéraire rétrograde se développant (hypothèse haute) sur environ 25m de long et sur 7 à 8 m de large. Par ailleurs, les deux pièces chaudes dégagées sont de taille modeste, tandis qu’aucune trace de luxe particulier n’a été relevée. Le sol du tepidarium était ainsi pavé d’une mosaïque présentant des motifs géométriques simples, utilisant seulement du blanc et du noir, qui correspond à un type de pavement des plus basiques. Les rares fragments d’enduits peints sont monochromes et ne présentent aucun motif décoratif. On note enfin l’absence complète de marbre.

L’identification d’une citerne au point le plus élevé de la parcelle constitue un élément déterminant pour la compréhension du système hydraulique de l’établissement. Sa localisation permet en effet l’alimentation en eau des deux balnéaires. Elle se situe en outre à une soixantaine de mètres au sud de l’aven où se situe une source et les citernes de très grandes dimensions situées en contrebas de l’établissement et dominant l’étang de l’Ayrolle. On peut donc supposer qu’une prise d’eau sur l’aqueduc permettait l’approvisionnement de cette citerne.

Enfin, au sud des thermes Ouest, l’existence d’une cour (ESP405) a été mise en évidence, grâce à un nouveau décapage et à l’achèvement de la fouille des structures tardo-antiques. Celle-ci est liée à l’évidence au fonctionnement du praefurnium, comme l’atteste en particulier la présence de couches de cendres, contenant également de nombreux déchets (vaisselle en céramique, lampes à huile, verrerie, mobilier métallique). C’est d’ailleurs la seule zone qui livre jusqu’à présent du mobilier datable du Haut-Empire en quantité significative. L’identification de cet espace comme palestre, associé à une galerie (ESP202) appuyée contre le côté occidental du bâtiment en grand appareil semble plausible.

Le bâtiment en grand appareil EPS201

La poursuite de l’étude de l’espace 201, coordonnée par J.C. Roux, a permis la fouille exhaustive de l’une des quatre pièces appartenant au bâtiment enterreoccupant l’emprise de l’édifice augustéen en grand appareil. Outre les données complémentaires sur l’architecture qui ont pu être recueillies à cette occasion, c’est la mise au jour d’un ensemble d’objets tout à fait original (balance en bronze notamment), scellé par l’effondrement d’un pan de mur, qui constitue la découverte la plus remarquable de cette campagne. Ceux-ci témoignent selon nous de manière incontestable de la présence d’un espace dévolu à des opérations commerciales. Toutefois, la datation de son utilisation demeure délicate en l’état actuel des données, même s’il convient sans aucun doute de la circonscrire entre les IIe et IVème S.

L’occupation de l’Antiquité tardive

L’étude des vestiges tardo-antiques constituait l’objectif principal de la campagne 2012. En zone 2 tout d’abord, la fouille exhaustive des nombreux creusements repérés en décapage en 2011 a pu être conduite à son terme. On retiendra en particulier la présence d’un silo de grandes dimensions, solidement daté du Ve S. En zone 4, deux nouvelles fosses dépotoirs ont pu être fouillées. Enfin, en zone 3, l’étude des structures tardo-antiques situées dans l’aile occidentale du portique a été achevée. Rappelons qu’un grand nombre de silos avait déjà été étudié en 2011 dans la partie centrale de la cour. La partie orientale de l’établissement (zone1 en revanche n’a fait l’objet jusqu’à présent que d’une exploration limitée, qui a toutefois déjà permis de fouiller (en 2011 et 2012) deux dépotoirs de très grandes dimensions datés du VIe S. , ce qui laisse présager la découverte de nouvelles fosses tardo-antiques dans cette zone en 0213. Ces différents contextes ont livré des données matérielles particulièrement riches, qui complètent celles déjà recueillies en 2011. Elles procurent pour les Ve et VIe S., une période particulièrement mal connue en Languedoc occidental, une documentation de premier ordre sur l’alimentation et l’exploitation des ressources locales, les échanges commerciaux à l’échelle méditerranéenne et les productions céramiques régionales. Dans les divers ensembles mis à jour, la proportion des mobiliers importés est importante. Elle peut être comparée à celle observée dans une grande cité portuaire telle que Marseille. A l’évidence, l’établissement de Saint-Martin demeure très largement ouvert au grand commerce méditerranéen jusqu’à l’extrême fin de l’Antiquité. La présence très régulière d’importations de sigillées phocéennes (LRC) est à cet égard particulièrement significative. D’autre part, l’analyse détaillée de l’abondante vaisselle de table africaine livre également en partie différents de ceux qui atteignent la Provence à la même époque. On pourrait se trouver ici en présence de courants d’échange longeant la côte hispanique.

La provenance des produits semble être également en partie différente, avec un rôle prépondérant occupé par des productions encore mal connues, mais vraisemblablement localisées en Maurétanie césarienne. Le répertoire des amphores africaines présente en revanche de grandes similitudes avec les contextes provençaux, avec en particulier l’abondance des différentes variantes de l’amphore Keay 62, dont le contenu reste malheureusement incertain. Il convient également de retenir la mise au jour cette année de trois fragments d’amphores Keay 61C, qui permettent de prolonger la chronologie de l’occupation jusqu’à l’extrême fin du VIe S. voire la première moitié du VIIe S. On constate d’autre part le rôle majeur joué par les conteneurs vinaires de Méditerranée orientale. La diversité des provenances au sein de l’aire orientale est remarquable : aux côtés des amphores de Gaza (LRA4) et de Mer Egée (LRA2), déjà bien attestées en 2011, d’un conteneur de provenance égyptienne (LRA7), très rarement exporté en Méditerranée occidentale. La mise au jour d’abondants restes fauniques donne également l’opportunité d’une étude quantitative approfondie de l’alimentation et de l’élevage. Les observations préliminaires soulignent la grande diversité des espèces présentes sur le site. Parmi le mobilier métallique, la découverte d’une lame de force et d’une sonnaille en fer témoigne de l’existence d’activités d’élevage. On insistera d’autre part sur la très grande abondance des restes conchylicoles, qui pourrait résulter d’une exploitation de grande ampleur des ressources du littoral, dans la perspective d’une commercialisation de ces produits à mettre en relation avec l’existence vraisemblable de salines autour de l’Île Saint-Martin. L’étude ichtyologique actuellement en cours, bénéficiant également de données quantitatives significatives, livrera des informations complémentaires sur ces deux thématiques. L’importance des activités halieutiques est par ailleurs bien attestée par l’instrumentum (nombreux lests, hameçons, etc. Enfin, la présence d’un nombre élevé de meules à grain, qu’il convient de mettre en relation avec celle des silos, interroge sur la possibilité d’une céréaliculture de grande ampleur sur le terroir de l’île Saint-Martin. Faut-il plutôt envisager l’existence d’un commerce maritime du grain, qui serait traité sur le site pour être ensuite réexporté ? Si cette solution reste très hypothétique en l’état actuel des données, on remarquera cependant l’absence d’outillage agricole parmi le mobilier métallique mis au jour jusqu’à présent dans les contextes de la fin de l’Antiquité. Peut-être que cette réalité témoigne avant tout de la vigueur des pratiques de recyclage des objets ferreux à cette époque. En 2013, l’équipe s’attachera à poursuivre l’exploration des niveaux associés au bâti du Haut-Empire et préparera la publication des données matérielles concernant la fin de l’Antiquité.

Guillaume Duperron, Stéphane Mauné,

Pour l’équipe
Montpellier-Lattes : Archéologie des sociétés Méditerranéennes.
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