Culture, Patrimoine, Sports et Associations
Vœux 2010
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Gruissan d’Autrefois n°002

Avril 1989

L’œuvre historique de Paul Carbonel est si riche par ses sources, si complète par le volume de ses recherches, si touchante par cette sensibilité du gruissanais loin de « sa tour », si élégante par son style qu’elle devient à nos yeux un véritable message. Reprenons tous comme lui, et pour lui, la dernière phrase de son « avant propos écrit le 26 novembre 1948 : « Nous pensons y intéresser, en des temps meilleurs, parmi nos compatriotes des générations nouvelles, les plus éclairés. »

Etude historique de Paul Carbonel

Onomastique (1)

Dans la série des Dictionnaires topographiques des départements français, publiés par les soins du Gouvernement, celui des départements de l’Aude, rédigé en 1912 par l’abbé Sabarthés, alors curé de Leucate renferme cette curieuse liste des noms sous lesquels Gruissan est désigné dans les documents historiques :

Gruxan 1080
Gruissanum 1156
Gruissano 1165
Groissanum 1227
Grussan 1259
Groyshano 1289
Grussano 1302
Gruyssanium 1326
Groxsa 1342
Grossano 1344
Gruysano 1445
Grussa. Gruyssa 1537
Grussan 1585
Gruessan 1590
Gruixan.Greusa 1594
Gruisan 1671
Gruissan 1781
Grussa (vulgairement)

(1) Science qu’étudie les noms de personnes ou de lieux et leurs transformations.

Etude historique André ICHE

La passerelle et les ports de la fontaine

On pense que vers l’an 1080 Gruissan se trouvait au lieu du village actuel. A l’intérieur du bourg quelques puits communaux et des puits privés avec une eau plus ou moins saumâtre. La source d’eau douce de l’ile saint Martin coule au lieu dit « la foun » et il faut traverser une partie de l’étang…et sans pont ! La corvée d’eau, le transport des marchandises, bois vendanges par des attelages, les mouvements des nombreux troupeaux de moutons s’effectuaient soit à gué, soit en barques…et ce depuis des siècles !

En 1806 trois gruissanais J.P CROUZAT, son frère et COURAL, construisent sans autorisation une passerelle. Celle-ci, plus de cent mètre de long sur un mètre de large est réservée aux piétons. Côté bourg la passerelle implantée dans l’étang arrivait dans la propriété de J.P Crouzat près d’un moulin à vent qui apparaît sur le plan cadastral de 1830 et qui était sur le sol de la maison n°3 de la rue d’Espagne. Les propriétaires de la passerelle exigeaient un droit de passage de 2 francs par maison. En 1808 la passerelle fut abandonnée à la commune…qui n’en voulut pas ! La partie de la passerelle située sur le terrain privé fut détruite et les habitants passèrent librement. Pourquoi l’auteur abandonna t-il son œuvre au bout de 2 ans ? Les frais d’entretien étaient-ils prohibitifs, la population très pauvre trouva-t-elle le péage trop élevé ? Les raisons sont sûrement multiples, mais la passerelle qui devait durer quelques années…existait encore 30 après !

En décembre 1840 le Conseil Municipal accepte la construction d’une chaussée empierrée avec 3 ponts en bois exigée pour le passage des nacelles. Autorisée en 1842 par ordonnance royale les travaux débuteront en avril 1844. C’était le début de nouveaux et nombreux tracas !

La chaussée était à 80 centimètres seulement au dessus des eaux. Le 24 octobre 1844 le maire écrit au sous-préfet « … un mois que la chaussée terminée était livrée à la circulation qu’une tempête a fortement endommagé la chaussée et emporté les trois ponts. J’ai fait assurer le sauvetage des bois des ponts… « il explique »…les eaux avant la construction de la chaussée avaient le passage libre de 290 mètres donc pas d’obstacle, il est réduit actuellement à 30 mètres, l’embouquement de chaque pont étant de l’ordre de 10 mètres. La violence des eaux de mer a creusé le sol sur 6 mètres de profondeur ce qui interdit tout passage. Il faut agir d’urgence et le 10 février 1845 le Conseil Municipal vote une imposition supplémentaire pour couvrir les frais de réparation de la chaussée. Le Maire s’adresse au Député, au Ministre de l’intérieur et en 1846 la route n’est plus coupée.

Nouvelles difficultés : en août 1847 gros dégâts à la chaussée.
- En novembre 1849 la chaussée est en partie détruite.
- En mai 1851 un coup de mer emporta le 3e pont de bois côté la Fontaine.
- En juillet 1854 réparation des ponts par 118 pieux en bois de chêne.
- En janvier 1855 le pont du milieu nécessite de gros travaux.
- En août 1862 le pont qui est à l’extrémité sud de la chaussée n’offre plus aux charrettes une circulation sûre et entraîne de fréquentes réparations.

Il faudrait le remplacer par une « série de petits ponts en pierre »… En mai 1863 un devis est établi qui précise : « …il serait avantageux de remplacer au moins le pont du milieu par un pont en fer ». Le conseil Municipal vote une imposition supplémentaire.

En septembre 1865 le vieux pont de bois est remplacé par un tablier métallique. Gruissan (Maire François Carbonel) a son premier pont métallique, appelé pont des capitaines, avec à chaque extrémité, un pont en bois.

En novembre 1867 une délibération du Conseil Municipal précise que les deux ponts en bois se trouvent dans un état de vétusté et qu’il faudrait les remplacer par un double pont en pierre (goules).

Pas de réalisation mais en 1871 le Maire J.B Portes déclare « …avant 1844 date de construction de la chaussée l’étang était large. On a laissé trois ouvertures pour le passage des nacelles. Depuis la portion de l’étang s’est sensiblement rétrécie, les terrains se sont exhaussés près de la chaussée et pendant 9 mois de l’année le passage est pour ainsi dire à sec ». Le Ministre de la Marine saisi par la Prud’homie alloue 4000 francs pour creuser un canal de 150 mètres de long et de 3 mètres de large passant sous le pont métallique. Il n’est plus nécessaire de conserver les deux ponts en bois, il suffit de fermer les ouvertures.

La suppression de ces deux ponts de bois est réalisée en 1872 pour celui près de la fontaine, en 1876 pour l’autre avec pour ce dernier une sanction de Préfet au Maire : « travail effectué sans autorisation et accord ». En 1908 le pont métallique est devenu vétuste. La construction d’un nouveau pont est prévue au programme 1914 et l’adjudication faite le 8 mai.

La guerre retarde cette réalisation et un pont en bois sera édifié jouxtant côté mer le pont métallique inutilisable. C’est en 1922-1923 que le nouveau pont métallique sera enfin réalisé. Ce pont étroit ne permet le passage que d’un véhicule, sa fin était inscrite, avec la réalisation de l’unité touristique. A la demande du Maire P. Salençon il est déplacé le 29 juillet 1986 au lieu dit " le pas " et permet un passage judicieux du canal de Sainte Marie.



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