Culture, Patrimoine, Sports et Associations
Vœux 2010
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Gruissan d’Autrefois n°005

Juin 1989

Bicentenaire de la Révolution Française

Comment s’appelaient les gens au temps de la Révolution à Gruissan ?
« Anecdotes » révolutionnaires par Marie-Rose Taussac

Devinez-le ! Vous avez trouvé ! Azibert, Gimié, Gaubert, Rival, Rouquette ! Qui sont-ils autour de cette époque ? Des insulaires ou presque cernés par la mer et l’étang, avec leur particularisme, la difficulté à sortir du village par des chemins souvent impraticables. On accepte mal le gendre ou la bru venu d’ailleurs. On vit entre soi, on se marie de préférence sur place. On s’aime beaucoup, on s’entraide autant qu’on se chamaille, les archives nous le disent. Nous vous le raconterons. On devient tous un peu parents.

Nous dénombrons sur le rôle de la taille pour 1790 : 35 Azibert, 22 Rival, 22 Rouquette, 18 Gimié, 17 Iché, 11 Mourrut, 10 Rachou, tous chefs de famille. Le fonctionnaire ni voit plus clair. Il ajoute les surnoms : Azibert Pierre est Chauchole, Azibert Joseph Macruse, Rival Jean est appelé l’Aujol, Rival Jean-Baptiste le Boiteux. Ce n’est pas fini ! Il y a encore chez les Rival un Pierre qu’on appelle Serre et un autre Pierre qu’on appelle Cuillère.

Les parents ont les mêmes problèmes au baptême. Chez ces mêmes Rival on veut perpétuer le prénom de Pierre alors, sur ce même rôle voici : Pierre-Jean Rival, Jean-Pierre Rival, Rival encore Pierre-Jean. Comment s’en sortir ? On précise…fils de…Pierre Jean bien sûr !!…qui a heureusement son sobriquet : Murguet. Un Pierre Jean Rival est rebaptisé Scié. On est vraiment perdu !

Si on avait alors, recensé la population du village tout entière, combien d’Azibert, par exemple, avec les femmes, les enfants, les vieillards et ceux qui ne payaient pas la taille parce qu’ils n’avaient pas de terres !

Décimateurs et contestation des dimes et des « tasques »
par Marie-Rose Taussac

Nous avons trace à Gruissan, du mécontentement du peuple avant même que se déclenche la révolution. Dès 1788 les Gruissanais se plaignent de leurs « décimateurs » sur un point précis. En Provence, en Languedoc, les mêmes plaintes se retrouvent. « Ils sont mal aimés partout ». Les personnages avaient la charge au nom des Co Seigneurs du village, l’Archevêque de Narbonne et le Chapitre de Saint Just et Saint Pasteur, de relever les dîmes et les taxes diverses. Ces dimes servaient à l’entretien du clergé, les bâtiments ecclésiastiques et surtout aux aumônes. Ecoutons Pierre Camp, il a dit « que les divers cultivateurs…se récrient et réclament depuis plusieurs années contre une surcharge à laquelle les préposés à la perception de la dime les assujettissent et contraignent…non contents de percevoir la dixième partie des fruits (des récoltes) exigent après cette perception sous le nom de prémisse le cinquantième des fruits restant ce qui est très onéreux et contraire aux principes.

Camp ajoute que « d’un autre côté elle paraît devoir être regardée comme une innovation arbitraire…les anciens contrats de ferme consentis par ledit chapitre n’en font point mention et les divers cultivateurs paraitraient fondés à se refuser au paiement dudit droit de prémisse ». Le propos est ferme, mais le chapitre garde son prestige alors on s’exprime avec respect. « La prudence et l’honnêteté serait de déposer auprès de M.M. composant le vénérable chapitre… de leur faire part des réclamations, des cultivateurs et les supplier au nom de la communauté, vouloir bien lui communiquer les titres sur lesquels ils fondent le droit de prémisse. Outre et par-dessus la perception de la dîme à la quotte dixième ».

Nous ne savons pas la suite qui a été donnée à cette requête. Louis Baron et Mathieu Bouis ont été envoyé en délégation sans succès sans doute car nous retrouvons les mêmes plaintes en 1791. En temps plus incisifs contre les préposés. On parle d’assujettissement de surcharge. On demande encore une fois les titres justificatifs. Mais c’est déjà le temps où les biens du clergé ont été confisqués par l’état. La réponse de l’administration nouvelle est assez cinglante et rappelle que le chapitre n’est plus en cause…

Pourtant cette même année 1791, le Conseil Politique s’élève contre « la tasque des fourrages que les fermiers des ci devant seigneurs réclament maintenant alors que, personne de ce lieu ne l’a jamais payée ni entendu même dire par les anciens d’âge » d’autant que les décimateurs demandaient « l’arriéré non payé depuis l’époque reculée de dix huit ans ».

La colère s’amplifie sur l’usage même des dimes. Les Co seigneurs les ont encaissées mais ils n’ont pas rempli leurs obligations. « Ils n’ont pas touché au couvert de l’église » ni à l’entretien « de la maison curiale ». La municipalité devant l’urgence « s’est vu forcée à une dépense de 2000 livres pour la remettre en état d’habitée. Pauvre Passenaud ! Elle a réparé aussi l’extérieur de l’église et dépensé encore 4000 livres. Surtout les décimateurs, c’est pourtant leur obligation n’ont pas soulagé la misère des gens à l’exception de six livres en argent que le ci devant Archevêque de Narbonne faisant distribuer annuellement en aumône. C’était bien peu de chose, surtout quand les hommes en pleine force étaient appelés sur les vaisseaux du « Roy ». Le conseil du 27 mars 1791 va jusqu’à rappeler la Guerre d’Indépendance de l’Amérique, il y a quelques années à peine pendant laquelle les matelots de Gruissan « laissèrent leurs femmes et leurs enfants sans moyen de subsister. Aucun des décimateurs ne s’empressa de leur procurer de soulagement ». Effectivement, il fallut, après le départ de près de « trois cents matelots », se cotiser, verser à une caisse commune des parts de poisson, pour aider les familles.

Ce trait de solidarité des pêcheurs, se retrouve chaque fois que les temps deviennent difficiles.

1 – Tasque : prélevé après la dîme (1/11 environ)

Calamités : Gel, Inondations, révolution
par Marie-Rose Taussac

Dans les registres d’archives, reviennent comme un refrain, les calamités dues au mauvais temps. Elles sont transcrites autour de 1789 par Pujol Joseph, l’instituteur du village, devenu secrétaire de la Communauté, et en 1791, secrétaire de la Prud’homie.

Déjà, en 1784 « il pleut tant que les terres pendantes ont été emportées jusqu’au vif »… « les semences dévastées deux fois les habitants sont dans l’impossibilité de payer les impositions, à subvenir aux besoins de leur famille et de nourrir leurs bestiaux ».

Moins de cinq ans après, en cette fin d’hiver 1788 et début 1789 la France vit une période presque glaciaire qui la paralyse. Les moulins ne tournent plus, toutes les activités sont arrêtées. Même sur le canal du midi « la glace, au canal, a 10 pouces d’épaisseur » presque 30 cm. Les oliviers sont morts, les bateaux à Gruissan sont bloqués au port. Les Gruissanais subissent en plus les assauts de la mer. Pujol écrit que la mer envahit les pièces basses, couvre de sel les terres de « dépaissance », comble les fossés, fait crouler « les murettes qui étaient autour pour empêcher que l’eau y entrât » il ajoute « depuis très longtemps la mer n’avait pas été tant agitée que la nuit du 7 au 8 janvier les eaux si élevées quelles ont inondé toutes les pièces de terre près de la mer…qui bordent les étangs salés…la plus grande partie était semé de bled ».

La perte est considérable en récolte, semence, travail. Pujol insiste « les propriétaires seront encore privés pendant longtemps d’en recueillir les fruits, sur ces terres, l’eau de mer ayant rendu salubre une grande partie ». Une remarque : le blé était cultivé à Gruissan, plus que la vigne en 1789. Pourquoi parler du mauvais temps à propos de la Révolution ? C’est que si ce désastre général qui s’est abattu sur la France, n’est pas, bien sur une cause première des évènements de 1789, il a son importance. L’économie est paralysée, augmentant le déficit, la pauvreté des pauvres s’amplifie et rend la population plus accessible aux plaintes et aux revendications qui se préparent.

Extraits d’une étude sur les Archives des Prud’hommes et du village. Décimateurs et contestation des dîmes et des tasques



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