Modes et usages pendant la Révolution
par Marie-Rose Taussac
La vie quotidienne subit pendant la Révolution de grands changements. Pour être dans le vent, il faut porter le bonnet rouge, le vieux bonnet, phrygien « symbole de la Liberté dont s’étaient servis les Romains quand ils affranchissaient leurs esclaves ». On arbore la cocarde tricolore « pour se reconnaître » dit St Just. On serait mal vu si on ne la portait pas. Un inventaire de police, à Narbonne, relève à côté d’assignats, une « cocarde tricolore vieille ». Les femmes, les fillettes s’habillent en tricolore, se coiffent de chapeaux « à la Liberté », se parent de collier de pacotille « en pierre de la Bastille ». Les hommes abandonnent la culotte pour un pantalon large, à mi-mollet…Ils deviennent les « sans-culotte ».
On change aussi de largage. Il n’y a plus de Monsieur, de Sieur, on se tutoie, on s’appelle « citoyen ». Nos Co-seigneurs deviennent des « cy devant ». A Gruissan, séparé par tant des lieues des évènements parisiens, le mot citoyen n’apparaît pour la première fois, dans le registre de la prud’homie, qu’en 1793. « Le citoyen Martin Razouls, maire, est assisté du citoyen Louis Baron ». Mais on le trouve dès 1791 dans les registres communaux. Le serment des Prud’hommes pêcheurs du 12 août 1792 se fait sur les Evangiles, chacun jure fidélité « à la notion, à la loi au Roy ». Or, depuis le 10 août, la chute de la royauté a été proclamée ! Les nouvelles ne vont pas vite. L’année suivante, pour ce même serment on a juré « d’être fidèle à la Nation à la loi » En 1796, les prud’hommes jurent de se comporter en « francs républicains ». On s’habitue mal au nouveau calendrier. On écrit « 16 fructidor » mais on ajoute « 12 septembre, vieux style ». Les nouveaux prénoms républicains ont l’air pendant une période, d’enchanter les Gruissanais. Oubliés les prénoms de familles ! Fraise et Camomille, Belle fleur et Prune, les remplacent avec leur charme éphémère. Nous y reviendrons.
GRUISSAN 1791
par André Iché 1 juin 1989
Délibération municipale sur la contribution foncière du village (cadastre)
Les archives (1) nous permettent de connaître de la délibération du 13 février 1791 du conseil municipal.
« Ce dit jour, le maire Pierre Crouzat et les officiers municipaux réunis au lieu, ordinaire de la municipalité ont entendu lecture par le secrétaire greffier de l’article 1 du titre 2, du décret de l’Assemblée Nationale, des 20 au 23 novembre 1790…accepté par le Roi ».
Les municipalités formeront un état descriptif des différentes divisions de leur territoire, ces divisions s’appelleront, des « sections ». Il y a été décidé de former 6 sections.
1er section de l’ESTAGNOL limitée :
- au levant : par la rigole, de Garbirou avec le chemin qui au bout conduit jusqu’à l’étang de « leyrole » (Ayrolle).
-au couchant : par l’étang de Campignol
- au nord : par l’étang de Gruissan
- au midi : par l’étang de l’Ayrolle
2è section de la CLOTTE limitée :
- au levant : par le Salanc, côté mer
- au couchant : par la rigole de Garbirou, chemin au bout
- au nord : par l’étang de Gruissan
- au midi : par l’étang de l’Ayrolle
3è section du PECH DES MOULINS limitée :
- au levant : par le Salanc, côté mer
- au couchant : par l’Etang de Gruissan
- au nord : par l’Etang de Pech Maynaud
- au midi : par le Salanc et le clôt de l’Estret
4è section de l’OUSTALET limitée :
- au levant : par le Salanc, côté mer
- au couchant : par le chemin des Oliviers, qui conduit du côté du nord à la division du territoire de Narbonne
- au nord : par le terroir de Narbonne
- au midi : par l’étang de Pech Menaud et Salanc.
5è section du PEYRAL limitée :
- au levant : par le chemin des Oliviers, qui conduit du côté du nord à la division du terroir de Narbonne
- au couchant : par le terroir de Narbonne
- au nord : par le même terroir
- au midi : par l’étang de Gruissan
6è section de Ste Lucie limitée :
- au levant : par l’étang de l’Ayrolle
- au couchant : par l’étang de Narbonne
- au nord : par la Robine
- au midi : par l’étang et le canal de la Nouvelle
Remarques : Il y a 3 sections côté Ile St Martin : n°1 /n°2 / n°6 Le chemin indiqué : par la rigole de Garbirou « avec le chemin qui au bout conduit jusqu’à l’étang de l’Ayrolle » n’est autre que le chemin actuel dit de « St Martin à Gruissan » « ou chemin rural n° 434.
Les trois autres sections sont côté Clape et Village.
Le chemin indiqué par « le chemin des Oliviers » débute à la Croix de Planasse (peut-être sera-t-elle restaurée ?) et se termine pour la commune au lieu dit « les Colombiers ». Ce chemin permet d’aller a Notre Dame des Auzils et porte le nom sur la carte de 1830 « chemin de Gruissan » a Fleury, le cadastre actuel indique « voie communale n°3 des Auzils ».
Depuis le 21 juillet 1844, suite à la création du port de la Nouvelle, Gruissan a perdu la totalité de l’Ile Ste Lucie, il a donc été nécessaire de rectifier le cadastre, ce qui, à cette époque a donné :
- la section A dite d’Obre Part (ou Nord Est)
- la section B dite du Bourg (village et bordure de mer)
- la section C dite de St Laurent (au nord ouest) comprend les Auzils, Alrec, enferrech et l’étang de Gruissan ou étang de la Gourgue (1) peu utilisé, avant étang de derrière les murailles (suite aux remparts).
La section D de St Martin avec les campagnes suivantes : les Pujots, St Martin, Labesque, et les salins de Gruissan par la suite.
(1) Archives départementales Carcassonne
(1) Voir dictionnaire topographique du département de l’Aude par l’abbé Sabarthes.
Un incendie à St Obre en 1791
par Marie-Rose Taussac
Un fait divers en 1791
En cette année 1791, où les pêcheurs vont fonder leur Prud’Homie, le 29 mai, à St Obre, chez « le Sieur Pierre Camp…une affreuse incendie a consumé son écurie, son grenier à paille à demi plein encore de fourrages, son tinal (1), son écurie, ses cuviers (2), sa futaille, son vin, ses chèvres, ses ânesses et une partie de la maison d’habitation ». La perte est évaluée à 6000 livres. Le conseil politique, par la voix de son greffier secrétaire Pujol, fait appel au district de l’Aude (au département) pour que soit accordée « quelque indemnité » à « un de ses meilleurs ménagers, réduit dans un état de détresse extraordinaire ».
Cher Pujol qui livre son âme sensible chaque fois qu’il doit évoquer un drame ou une calamité ! Mais Pujol fait bien plus que cela. Il nous renseigne sur l’environnement, la vie même d’un ménager (3) du village au temps de la révolution, sur l’homme aussi. Pujol gratifie ce Pierre Camp de Sieur, c’est-à-dire de personne considérée, il sera plus tard classé parmi les notables, il poursuit comme toute sa famille des activités politiques. Pierre récolte du blé en partie. Il fait de l’élevage de chèvres, bien placé, pour cela sur les pentes de la Clape, et même d’ânesses. Remarquons que le mot est mis au pluriel. Peut être en fait-il un peu le commerce. C’est si commode un petit âne pour aller travailler sa vigne éloignée, transporter du bois mort ou le poisson depuis la plage !
(1) Tinal : endroit ou on mettait le vin
(2) Cuvier : cuve à vin
(3) Ménager : agriculteur propriétaire

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