Culture, Patrimoine, Sports et Associations
Vœux 2010
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Gruissan d’Autrefois n°007

Juillet 1989 - Bicentenaire de la Révolution Française

Graves troubles religieux et politiques
L’arbre de la liberté

par André Iché

L’an 1er de la République, 20 Octobre 1792, on peut lire dans les délibérations de la Commune : « le Conseil Général de la Commune a été rassemblé au lieu ordinaire des séances, suivant convocation, faite par le citoyen Pierre Gibert, aux Officiers Municipaux J.P Gimié, J.P Bouis, J. Gimié, Bernard Bonnot et des citoyens Blaise Iché, André Gasc, Antoine Pons et Etienne Gimié, notables.

Le citoyen Pierre Gibert, déclare, que le citoyen Melchior Rival, Maire du présent lieu, ne s’est pas rendu à la maison commune pour discuter de différents objets : mais que le matin, vers 10 heures il a fait poster quatre hommes en armes à l’entrée de l’Eglise sans avoir prévenu. Cette entreprise a donné lieu à un attroupement considérable d’hommes et de femmes sur la place du lieu, dissipé par la présence constante des officiers municipaux et du procureur.

La conduite inconsidérée de Melchior Rival est des plus répréhensibles non seulement en ce qu’il fait, aujourd’hui, transporter ailleurs toute l’argenterie qui était dans la sacristie, ainsi que les ornements de l’Eglise.

Le citoyen Rival, Maire, est gangrené d’aristocratie ; et a dit que l’on avait planté l’arbre de la « liberté » et que c’est peut-être l’arbre de la « Captivité ».

Gibert n’est pas le seul à « dénoncer » Rival. Pierre Peyri confirme « qu’au mois d’août on avait planté l’arbre de la Liberté et que Melchior Rival a dit, dans la rue, vis-à-vis de la maison communale, que ce serait peut-être celui de la captivité, qu’il proféra ces mots avec mépris et ne se borna pas à cela ».Le Conseil délibère que « ledit » Rival, Maire, sera cité devant le Directoire de Narbonne.

Ce texte donne une idée très nette des luttes religieuses à cette époque, dans le village, entre ceux qui soutiennent l’Eglise et le curé Passenaud et ceux qui suivent à la lettre le mouvement révolutionnaire. Une étude plus développée nous éclairera davantage sur ce sujet.

Une émeute à Narbonne, une dispute à Gruissan, pour des « Astignats » et un peu d’huile, un peu de poisson.
Par Marie-Rose Taussac

Dés le 2 novembre 1789, sur proposition de Talleyrand, l’Assemblée Nationale déclare « tous les biens du Clergé sont à la disposition de la Nation ».L’état met en vente de l’Ile Ste Lucie, au « Sieur Aurran » propriétaire forain, c’est-à-dire qui n’habite pas le village. Ce ne fut pas sans problèmes, car Aurran n’acceptait pas les activités des pêcheurs de Gruissan, sur les plages poissonneuses de son île. La vente des Biens Nationaux se fit par tranches. L’Etat lance un premier emprunt de 400 000 000 de livres gagé sur ces biens. Il émet des « assignats » qui sont d’abord un titre d’emprunt avec intérêt de 5%. Dès 1790, après une nouvelle et plus importante émission, les assignats perdent leur valeur de jour en jour, ils deviennent une monnaie de papier dont on ne veut plus. Voilà ce que nous apprend « la grande » histoire.

Chacun sait bien qu’elle est faite aussi du vécu quotidien du moindre village. Et à Gruissan on ne parler des assignats de 5 livres crées en 1791. Ils ne correspondent pas aux besoins courants. Comment payer son pain, taxé 3 sous 7 deniers ? Des commerçants les refusent, les gens les méprisent : « Je n’aime pas ce maudit papier, j’aime autant rien ! » vocifère une narbonnaise. On en vient à l’émeute. Le 30 janvier 1792, plus de 300 personnes s’assemblent devant la maison commune de Narbonne. Des pierres sont lancées. Les municipaux parlementent « avec douceur ». Mais « on a répondu que par des cris en disant (que) les assignats de 5 livres devaient être échangés comme des Ecus ». Ils voulaient « que tous les marchands fussent forcés de prendre les assignats de 100 sols et de les échanger comme des Ecus quand bien même ils n’achèteraient pas des marchandises pour le montant d’yeux ». A la mairie, on ne peut intervenir pour obliger les commerçants à cet échange, mais on engage les émeutiers à « dénoncer » les particuliers qui vendraient des marchandises pour le montant de 5 livres et qui ne voudraient point prendre en paiement les assignats de cent sols ».

En ville on suit ce conseil. Une « déposante » signale l’épouse Couturier qui « lui dit qu’elle ne voulait pas d’assignats ne vendant qu’avec de l’argent… et que la déposante qui n’avait que des assignats ne pouvait voir d’huile ».

L’état d’esprit est le même à Gruissan on a les mêmes tracas qu’à Narbonne. Le 23 juin 1793, un nommé Gaétan de Gruissan se plaint à la police que sa femme Thérèse, ayant acheté du poisson à Catherine « pour la valeur de 5 sols, elle lui remettoit un assignat de 15 sols…et rendu un assignat de 10 sols, ce qui a été refusé obstinément par ladite Catherine ne vouloit pas entendre raison lui dit à haute voix et en présence de tout le monde puisque vous voulez pas me rendre un assignat de 10 sols je vous devrai 5 sols et 1’en alloit, mais à peine la femme du plaignant était parvenue devant la maison du citoyen Curet que ladite Catherine a couru après elle, la saisie par derrière, la renverse à terre, lui a donné plusieurs coups et lui a enlevé le poisson…et la femme du plaignant qui se trouve dans un état de grossesse avancée a été fort heureuse que plusieurs personnes ayant accouru à son secours pour l’arracher des mains de ladite Catherine.. » le requérant n’a pas signé, a « déclaré ne savoir ».

Un peu touffu le rapport de police ! Il nous montre bien tout de même le pittoresque de la scène et confirme le problème des assignats, partout en France.

Une dispute pour un fanal allumé
Par Marie-Rose Taussac

On s’aimait beaucoup à Gruissan en ce temps où les gens vivaient en cercle fermé, on s’entraidait autant qu’on se chamaillait, pour se réconcilier à la première occasion.

Le 9 août 1793 dans une période très dure de la révolution, les esprits sont surexcités et s’enflamment à la moindre étincelle et, c’est d’étincelles, ou presque, qu’il s’agit.

Le fils Gaubert, 13 ans est le héros de l’affaire. Quelques uns l’ont vu sur les aires, près du gerbier de Jean Taillade, « le jeune homme n’ayant aucune chose à faire aux aires…présument qu’il y était envoyé par ses propres parents, avec un fanal allumé ». Peut être voulait il mettre le feu « au gerbier dudit Taillade à quoi le jeune homme aurait pu parvenir si on n’eût mis obstacle à son entreprise criminelle en foulant aux pieds le fanal qu’il portait ». Remarquons que ce n’est pas Taillade qui se plaint, et que les accusateurs « présument ». Le jeune garçon n’a fait aucun geste malveillant. Il déambulait, sa lumière à la main comme faisait tout le monde, le village ignorant l’éclairage public. Les intervenants ajoutent : « ce qui leur donne lieu d’avoir ce soupçon c’est que les parents dudit Jean Pierre sont ennemis avérés dudit Taillade ».

Les Taillade et les Gaubert n’étaient pas les seuls « ennemis avérés » du village. L’effervescence atteignait son paroxysme. Tous ces derniers mois, le Maire Rival avait été en butte aux attaques de Gibert et de ses partisans. Gibert dit de Rival qu’il est « gangréné d’aristocratie ». Ce même Gibert lance un dur réquisitoire contre le curé Passenaud qui est emprisonné trois fois entre 1792 et 1793. Les Gruissanais se battent pour lui, les pêcheurs surtout le défendent. Ces luttes de partisans laissent des plaies vives. Le moindre prétexte rallume les passions et la discorde pour des motifs parfois assez vains. Ce fût, dit la tradition, une vraie guerre de Vendée dont garde le souvenir tout un quartier du village : la Vendée.



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