La constitution civile du clergé, ayant assimilé les prètres aux fonctionnaires publics, évêques, comme simples curés sont obligés de prêter serment. Si le curé Passenaud le prononce avec des restrictions qui lui vaudront plus tard des poursuites, son vicaire Vital Thore, se soumet sous réticence aucune à la loi. J’ai retrouvé le procès verbal du serment V. Thore. Ce texte nous donne l’occasion de voir l’écriture et la signature de notre célèbre curé au bas de ce document.
Gruissan 1792
Son arbre, ses fêtes
Par André Iché
A l’heure du bicentenaire de la Révolution Française « l’arbre de la Liberté » est à l’honneur ; certaines communes de notre département en ont déjà fait état dans la presse. Pour Gruissan, nous nous devons, cela est devenu possible, d’en parler, ainsi que des fêtes qu’en découlent.
Les recherches aux « archives départementales » à Carcassonne, nous ont permis de connaître ce qui s’est passé dans le lieu vers 1792 et les années suivantes. A souligner la compréhension, de Monsieur le Maire de Gruissan et celle du personnel communal, qui nous ont grandement aidés, afin de mener à bien, pour le profit de notre commune, cette tâche.
L’usage des arbres sacrés (tilleul, laurier, chêne, cèdre…etc) remonte à la plus haute antiquité, pour les gaulois c’était le chêne et la plante parasite qui s’y attache : le gui. De tout temps chez nous on planta des « mai », (arbre de mai). A l’époque de la Révolution l’enthousiasme public transforma les « mai » en arbre de la Liberté. Le premier qui planta un arbre de cette nature fut parait-il Norbert Pressac de la Chassagnaie curé de Saint Gaudens, près de Civray département de la Vienne. Il fit après la plantation une hacangue « au pied de cet arbre vous vous souviendrez que vous êtes français et dans votre vieillesse vous rappellerez à vos enfants l’époque mémorable à laquelle vous l’avez planté ».
Plantés dès 1790, en général « des chênes et des peupliers » ces derniers à cause de leur nom (populus, peuple), on en compte en 1792 ; 60000, leur usage se répandit hors de France et également les colonies, notamment au Sénégal, il fut règlementé par le décret du 3 pluviose de l’An II.
La convention décréta « dans toute les communes de la République à l’ordre de la Liberté, aurait péri ; il en sera planté un d’ici au premier germinal (60 jours). Elle confie cette plantation et son entretien, aux soins des bons envoyeurs afin que dans chaque commune l’arbre de la Liberté « fleurisse sous l’égide de la Liberté ». On planta aussi des arbres de la fraternité, et plus près de nous en 1944 à la Libération. Ces plantations donnaient toujours lieu a une fête populaire qui ne manquait ni d’originalité, ni d’éclat. La cérémonie ce terminait pas d’immenses et d’interminables farandoles, au chant de la « cormagnole » et du « ça ira ».
(1) arrachés sous la Restauration, ou en replantant en 1830 et 1848 bénis par le clergé.
Quand cet arbre fut il planté à Gruissan ? il n’y a trace dans les archives d’aucune délibération concernant la cérémonie de plantation. Pourquoi un tel silence ? y avait il des « pour » et des « contres » en même nombre, ou bien payons autres !c’est le mutisme des documents et archives.
Toutefois en examinant la délibération municipale du 20 octobre 1792 (1) on peut lire.
L’An I de la république, que le conseil général de la commune a été assemblé…suivant convocation faite par le citoyen P. Gibert aux officiers municipaux JP Gimié, JP Bouis, B Bonnot et des citoyens G Crouzat Procureur de la commune et de Buche, A Case…etc notables (2). « Le citoyen P Gibert, président, déclare que le citoyen Melchior Rival, Maire du présent lieu ne s’est pas rendu à la maison commune pour discuter des différents objets ; mais que le matin vers 10 heures il a fait poster 4 hommes en arme à l’entrée de l’église sans avoir prévenu. Peut être le Maire agissait-il ainsi pour sauver ou cacher l’argenterie ainsi que les ornements de l’église qui étaient dans la sacristie ? Toutefois sa conduite est qualifiée par le conseil général de la commune « d’inconsidérée ». On lit « cette entreprise a donné lieu à un attroupement considérable d’hommes et de femmes (population 1800 habitants dont 80 défenseurs du 21 prérial An VIII sur la place du lieu dissipé par la présence constante des officiers municipaux et du procureur ».
« Le citoyen Rival Maire est gangréné d’aristocratie et a dit que l’on avait planté l’arbre de la Liberté et que c’est peut être celui de la captivité. Pierre Payri déclare « qu’au mois d’août on avait planté l’arbre de la liberté et que Melchior Rival a dit dans la rue vis-à-vis la maison communale que ce sera peut être celui de la captivité qu’il proféra ces mots avec mépris et ne se borna pas à cela ! Sur ce le conseil général de la commune délibéra que le dit Rival Maire sera cité devant le directoire de Narbonne ».
Grâce à P. Payri nous savons maintenant que l’arbre de la Liberté de Gruissan, a eu une réelle existence et qu’il a été planté en août 1792.
(1) livre 5260 Gruissan Archives Carcassonne
(2) tout ces noms sonnent doux à nos oreilles presque tous se sont perpétrés jusqu’à nous.
Une pêche interdite
Sous Louis XV et au temps de la Révolution
Par Marie-Rose Taussac
Parmi les différentes pêches que pratiquent les Gruissanais, une des plus importantes était « la pêche aux bœufs ». Non ! On n’employait pas des bœufs pour tirer les filets au temps de la Révolution, et même longtemps avant. On utilisait deux bateaux pour un seul filet. Les pêcheurs attiraient le poisson avec un appât dont on dirait en haut lieu, qu’il empoisonnait la mer. Le filet raclait les fonds marins et les autorités avaient toujours prétendu que cette pêche détruisait les alevins et les algues. Aussi était-elle prohibée, généralement au cours des mois de juin, juillet et août. Mais il fallait compter avec les Gruissanais qu’au fond, se sentaient seuls maîtres de la mer et de leurs bateaux.
Cette législation était ancienne, puisque j’ai pu découvrir déjà sous Louis XV une lettre du 25 juillet 1757, où Gaubert, Payri, Pons, Rival sont les contrevenants. Monsieur Rome, subdélégué de l’intendant, c’est-à-dire du pouvoir royal, écrit : « Le départ de ces quatre peschars avec leurs bateaux pour aller faire la pesche aux bœufs est une contravention bien formelle…et je suis persuadé que vous ne la laisserez pas impunie ».
Nos quatre compères avaient trouvé une astuce : c’était de simuler la vente de leurs bateaux. Mais l’administration, pointilleuse, veillait. Pome écrit « ces actes ne me frappent point, je les regarde comme faux…Je crois être fondé à en conclure que les quatre vendeurs sont devenus les matelots des quatre acheteurs ». Peu après Monsieur Rome opiniâtre, récidive. Il évoque une « dénonciation » et ajoute « je viens d’être informé que deux de ces pescheurs firent cette pesche défendue…Ce sont les Consuls qui m’informèrent ».
A travers ce dernier texte, une observation sur le mot « dénonciation ». Les consuls de Leucate étaient-ils si respectueux de la loi…ou un peu jaloux de ceux de Gruissan ? La solidarité des gens de mer, n’avait guère fonctionné. Si j’ai remonté le temps jusqu’au règne de Louis XV c’est pour mieux montrer l’ancienneté et la pérennité du problème de la pêche aux bœufs. Dans un prochain article nous verrons, vers 1791 et les années suivantes la lutte farouche des pêcheurs devant cette prohibition qui leur enlève le meilleur de leur revenu.

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