La Bataille d’Aboukir
par Marie-Rose Taussac
1798 ! Il y a 9 ans que la Révolution a commencée. Le directoire n’a que quelques mois de survie. Les royalistes relèvent le front, des anarchistes conspirent, l’économie est au plus bas, la société se dégrade, des jeunes gens ne veulent plus aller à la guerre. Ils désertent en nombre, dans toute la France, à Gruissan aussi. La population les cache. Mais un homme nouveau a surgi sur les champs de bataille. Il a été victorieux à Arcole et à Rivoli, il a signé la paix de Campo-Formio. Son ambition est immense.
Cet homme, c’est Bonaparte. Il veut vaincre les Anglais. Mais comment les envahir ? C’est impossible. Alors il imagine de les attaquer dans leur suprématie commerciale en leur enlevant la clef du Levant et des Indes. Cette clef c’est l’Egypte. Le Directoire accepte le projet. Il n’est pas fâché de se débarrasser de ce jeune général qui lui porte ombrage. Les préparatifs sont tenus secrets : 30 000 hommes sans compter 150 savants et artistes, quittent Toulon au mois de mai. Bonaparte et les Directeurs veulent conjuguer l’action militaire avec une action philosophique de civilisation et de découverte. Monge, Geoffroy St Hilaire sont du voyage.
Au passage on occupe Malte. On arrive devant Alexandrie qui résiste à peine, Bonaparte a fait le voyage sur l’Orient, bateau amiral où J B Bonnot, les frères Labeur, J Gaubert étaient chefs de pièces. Ils ont vu de leurs yeux ce commandant en chef prestigieux, malade du mal de mer, dit la chronique. Ils ne le raconteront pas au village. Ils vont bientôt mourir. Bonaparte débarque à Alexandrie avec l’armée de terre. Le Vice Amiral Brueys conduit l’escadre dans la rade d’Aboukir pour y attendre les Anglais. La rade est mal abritée, les sondages sont mauvais mais aucun lieu ne se révèle plus propice.
Compte rendu par 4 survivants de l’expédition d’Egypte commandée par Bonaparte sur la mer affreuse de 13 de leurs camarades au combat naval d’Aboukir et en Syrie au début d’août de l’année 1798. (Archives municipales de Narbonne).
Jean Baptiste Bonnot Chef de pièce sur l’Orient eut une cuisse emportée d’un coup de canon et périt dans l’incendie de ce vaisseau.
Jacques Gaubert même grade sur le même vaisseau fut tué d’un coup de mitraille qu’il reçut en tirant d’un canon.
Pierre Jean Labeur aussi chef de pièce sur l’Orient fut enveloppé par les hommes du vaisseau, au moment qu’il dégageait une chaloupe embarrassée, parmi des cordages et dans laquelle s’était retirés plusieurs de l’équipage pour échapper à la fureur des flammes.
Léon Labeur blessé à mort par une mitraille, sur le vaisseau Santa avec lui.
Joseph Azibert est tué sur le Franklin après avoir essuyé tout le feu du combat, étant monté sur le pont est tué d’un coup de canon, quoique le feu du vaisseau avait cessé.
Hyacinthe Azibert frère du précédent qui durant le combat passé de la frégate la Sérieuse sur laquelle il était parti de Toulon sur le Tonnant parce que le vaisseau était faible en équipage, ne voulant pas être prisonnier des Anglais, il se jeta au moment qu’il vit ce vaisseau se rendre à la mer, trouva un débris qu’il embrassa arriva à travers bien de danger à terre où son amour pour la liberté et la haine pour la nation anglaise lui fit trouver une mort affreuse par les mamelouks
Jean Pons chef de pièce sur le Baverain eut la tête fracassée d’un coup de canon et mourut de suite.
Guiraud Rival chef de pièce sur le Partiate eut d’abord le bras gauche emporté d’un coup de canon et ensuite le ventre meurtri d’un éclat de bois et déchiré de manière que les entrailles était découvertes et mourut de ses blessures.
Jean Baptiste Crouzet chef de pièce sur le Franklin essuya tout le feu du combat de béquiers (1) se présenta volontairement après le combat pour être de la légion nautique marcha et combattit avec cette légion jusque à ce qui moisie en garnison avec quelques camarades, ils furent tous égorgés par les gens du pays.
Jean Baptiste Fontès eut un bras cassé d’un coup de canon sur la Sérieuse et reçut par un éclat de bois une meurtrissure si forte qu’il en mourut de suite.
Jean Baptiste Mourrut parti de Toulon sur le Souverain ou il essuya le combat de béquiers se mit dans la grande ½ brigade et périt au siège de Jaffa.
Antoine Bonnot sur le Souverain pendant le combat de béquiers et entré ensuite dans la légion nautique périt sur le champ de bataille. Dans le combat qui eut lieu le lendemain et à raison de l’assassinat de la garnison de Dumanou sur le Nil.
François Payri embarqué sur le Souverain où il combattit à béquiers entre après la défaite de la flotte dans la grande ½ brigade, parcouru avec elle toute la guerre assista à tous les assauts qui furent livrés. Perdit un œil dans un de ces assauts et mourut enfin sur le champ de bataille dans la dernière victoire remportée par Bonaparte sur les Turcs qui s’étaient emparés de béquiers.
(1) Passenaud écrit « béquiers » pour « Aboukir ». Il n’a jamais vu, sans doute ce nom écrit et les matelots le prononcent mal.
Le ravitaillement en navires arrive très mal. Il faut faire venir l’eau de Rosette, par mer. Les effectifs de navires sont insuffisants de 25%. Le rapport des survivants le confirme ; Hyacinthe Azibert passe de la frégate La Sérieuse sur le Tonnant « faible en équipage ». Certains bateaux sont vieux. Le Tonnant a fait la guerre d’Amérique. Les équipages et les bus officiers « sont mal formés, peu disciplinés » devant le danger et l’adversité, ces mêmes hommes sauveront en héros ce qui pouvait être sauvé ; l’honneur ! et on découvrira plus tard leur efficacité ; ils ont porté de rudes coups à la marine anglaise ! Le 1er août, enfin l’escadre de Nelson est signalée. Elle arrive « en ordre de bataille ». Les Anglais attaquent malgré l’heure tardive 17h30 : une violente cassonade se déchaîne » 18h30 l’Orient engage le combat, 19h30 Brueys a la jambe gauche emportée « il meurt sur le pont » 21h30 l’Orient s’enflamme, il saute. L’explosion détruit 5 vaisseaux français, 22h30 le Franklin assène son pavillon. C’est la nuit noire, la confusion totale. Au matin 2 bateaux français seulement sont indemnes, ils quittent les lieux. La bataille d’Aboukir est terminée ? Nous avons 1 400 tués, 1 500 blessés, 3 100 prisonniers. Sur 17 commandants : 5 tués, 6 blessés, 9 de nos vaisseaux sont pris par les Anglais. 2 frégates incendiées par leur propre équipage.
Le désastre est immense. Les Anglais ont subi des pertes inférieures mais leurs bateaux sont très endommagés. Humour macabre et à nos dépens : dans le bois de mat de l’Orient ils façonnent un cercueil pour Nelson dans lequel on l’enterrera en 1805. En quelques jours 13 enfants de Gruissan sont morts 9 à Aboukir, 2 sur le Nil, dans les régions nautiques, 1 au siège de Jaffa, 1 autre survécut aux combats de St Jean d’Acre, mais mourut à la bataille d’Aboukir, Pauvre Gruissan blessé !

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