« lion-léopardé »avec sa langue comme un dard de serpent et sa queue en panache.
Les trois croissants signifient que les ancêtres de Dillon combattant les Turcs au temps des croisades (1096-1270). Dans sa fierté de Gruissanais Louis Rachou précise : « voilà donc que notre Gruissan, lui aussi, peut s’enorgueillir de ses armoiries, comme d’un titre de noblesse, dont l’authenticité est reconnue ».
(1) Louis Rachou (1865-1939) avocat honoraire et bienfaiteur de la Commune, habitait 25 rue expert (Place Louis Rachou).
Commentaire sur l’héraldique et les armoiries de Gruissan
par Louis Labatut
L’héraldique est la science du blason, blason que l’on représentait sur l’écu, c’est-à-dire le bouclier que les nobles chevaliers d’autrefois portaient avec leur armure. Ce mot vient de « héraldus » « hérant » qui désignait l’officier chargé de vérifier les déclarations de guerre…
Au moyen âge l’écu porta les armoiries des familles. Plus tard, certaines cités acquirent le droit aux armoiries…et plus tard encore, toute agglomération put avoir ses armoiries. C’est ainsi qu’en 1867 une délibération du Conseil Municipal de Gruissan décida d’orner les fontaines avec des armoiries qui devinrent les armoiries de Gruissan.
Il faut admirer la ténacité enthousiaste, l’amour pour Gruissan et la générosité de Louis Rachou. Ses diverses investigations et ses nombreuses démarches, avec sous le bras l’écusson de fonte pesant 2 kg représentant les armoiries de Gruissan et pris sur l’une des fontaines du village, lui permirent de fixer l’origine des armoiries de Gruissan.
Avant de traiter cette question, disons quelques mots de l’héraldique, science compliquée, composée d’expression venant du lointain passé. L’héraldique a une infinité de représentations et elle utilise pour les décrire, un langage particulier, plein de surprises et de mystère pour le profane. Retenons simplement que le tiers inférieur de l’eau se nomme le « chef » le tiers milieu le « cœur » ou la « fasce » le tiers inférieur la « pointe » ou la « champagne ». Quant aux couleurs, à part « gueules » qui qualifie le rouge et « sinople » le vert, leurs qualificatifs nous sont plus familiers : or, argent, azur, sable.
Les investigations de Louis Rachou lui permirent donc de trouver l’origine de ces armoiries gruissanaises qui sont celles du dernier seigneur de Gruissan, Monseigneur Dillon, Duc de Narbonne de 1762 à 1790. Armoiries que Gruissan partage avec d’autres localités qui se trouvaient également sous la suzeraineté des Ducs de Narbonne, comme par exemple Alaigne et Bize.
Comment décrire les armoiries de Gruissan ? En faisant référence à l’héraldique tout en gardant une certaine clarté on pourrait dire : sur fond d’argent, de gueules au chef dextre et senestre deux croissants, à la pointe un croissant, au cœur un lion léopardé.
On pourrait pour terminer poser une question : pourquoi le conseil municipal de 1867 a-t-il choisi pour armoiries de Gruissan le blason de Monseigneur Dillon et pas celui d’un des 62 Ducs de Narbonne, seigneurs de Gruissan et autres lieux qui se sont succédé de 768 à 1790 ?
Sans doute parce que Monseigneur Dillon fut le dernier et parce qu’ainsi que le note Louis Rachou, il fit construire dans la région des ponts, canaux et chemins. Mais personnellement, j’aurais voté pour les armoiries de Guillaume de Broa, ce Duc de Narbonne qui fit construire au XIIIème siècle la tour qui domine encore Gruissan et son terroir. On peut penser en autre que les prédécesseurs de Monseigneur Dillon entreprirent eux aussi des travaux destinés à accroître les activités économiques de la région.
J’ajouterai que le « cartouche », c’est-à-dire l’encadrement de l’écusson, avec sa tour crénelée, ferait mieux écho au nom de Guillaume de Broa et à notre vieille tour qu’au soleil couchant, s’habille de pierre et d’or. Louis Labatut.
Etude Historique
Monseigneur Dillon, dernier seigneur de Gruissan
par Paul Carbonel
« L’Archevêque de Narbonne possédait parmi tant d’autres biens, le terroir de Gruissan. Il le tenait de Pépin le Bref lui-même. Le fondateur de la dynastie carolingienne, sachant ce qu’il devait à l’église, l’avait favorisé, ici comme partout. L’évêque de Narbonne, Aribert, se vit donc attribué en 768, pour lui-même et ses successeurs, le terroir de Gruissan. La dotation fut confirmée en 1165 par Louis VII le jeune et, plus tard, par Saint-Louis. Elle fut transmise à tous les titulaires de l’Archevêché, jusqu’à la suppression de ce dernier, en 1790, par le décret de Constitution civile du Clergé. Chaque archevêque avait ses armoiries personnelles ».

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